Un logement pour s’en sortir : paroles de précaires

Ce numéro 230 de Recherche Sociale donne à entendre la voix de celles et ceux qui, après des années d’« errance résidentielle », parviennent finalement à accéder et se stabiliser dans un logement pérenne, et ainsi à aller de l’avant. Leurs récits rendent compte des difficultés et des nombreux obstacles franchis pour passer de la rue au logement. Ils reflètent également une pluralité de situations et d’itinéraires individuels. Qu’il s’agisse de personnes ayant connu la rue durant de longues années, de sortants d’institutions, ou encore de familles qui s’inscrivent dans une trajectoire migratoire, ces témoignages montrent comment l’accès à un « chez soi » durable peut avoir une fonction de tremplin et d’insertion sociale.

Les quinze entretiens sur lesquels reposent les monographies présentées dans ce numéro ont été conduits initialement dans le cadre de l’éclairage sur les Hauts-de-France que FORS-Recherche sociale a réalisé pour la Fondation Abbé Pierre en 2019. Cet éclairage régional visait à mettre en exergue les initiatives d’associations qui aident des personnes sans domicile à accéder un logement stable. En rapportant les propos le plus fidèlement possible et en restituant les témoignages quasiment in extenso, ce numéro renoue avec un parti pris déjà adopté dans des publications antérieures de Recherche Sociale. Le numéro 220 « Tout un monde de misère », revenait ainsi sur des trajectoires de précarisation et de marginalisation, en donnant la parole à des grands exclus ainsi qu’à des personnes fragilisées par de nombreuses ruptures. Cette restitution sans filtre d’entretiens sous la forme de portraits empruntait à la démarche initiée par Pierre Bourdieu dans son célèbre ouvrage La Misère du monde. Nous souhaitons cette fois rendre compte du mouvement inverse, à savoir celui qui en permettant aux plus fragiles d’accéder à un « chez soi » les amène à (re)construire un parcours de vie « ascendant » et à se projeter à nouveau comme « individu-citoyen ».

Bien que singuliers, les récits que nous restituons font chacun écho à des facettes de la réalité plus large des sans-domicile en France. Événements brutaux, expériences traumatisantes et autres ruptures biographiques caractérisent les parcours de celles et ceux qui n’ont plus de « chez soi » ou pas de logement pérenne. (…)

Suite à l’expérience de la rue ou des structures d’hébergement, l’accès à un logement pérenne est souvent un vrai « parcours du combattant », qui se concrétise différemment en fonctions des parcours et des expériences de chaque individu. C’est ce dont témoignent les récits que nous avons recueillis et que nous avons décidé de regrouper au sein de trois types de trajectoires, bien qu’elles puissent être dans la réalité souvent imbriquées :

  • les personnes qui accèdent au logement après plusieurs années passées à la rue, et qui peuvent avoir besoin d’un accompagnement pour (ré)apprendre à gérer leur logement de manière autonome ;
  • les sortants d’institutions, dont nous avons documenté les difficultés d’accès au logement dans les précédents numéros de Recherche sociale;
  • enfin les ménages ayant connu un parcours de migration et qui rencontrent des difficultés spécifiques pour accéder à un logement en France.

En écho à cette pluralité de parcours, les initiatives déployées par les associations et les organismes publics pour faciliter l’accès au logement sont tout aussi diverses. Certaines s’inscrivent clairement dans la philosophie du Logement d’abord : ce sont à ce titre autant de sources d’inspiration pour les acteurs désireux de contribuer à renforcer cette dynamique sur leurs territoires.

 

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