Cette nouvelle livraison de Recherche sociale, s’inscrit de façon particulière au sein de la ligne éditoriale que FORS-Recherche sociale donne à sa revue. En effet, ce numéro consacré aux parcs et jardins parisiens ne reprend pas des textes issus d’études réalisées à la demande d’institutions ou de collectivités comme la plupart des travaux que nous publions habituellement, il est constitué d’un ensemble de textes qui avaient été publiés, en Italien, dans la revue d’art, Libretto. Pagine d’Arte et que son auteur, Maïté Clavel, sociologue de l’urbain, nous a autorisés à reprendre, en français cette fois.
Avec les mots utilisés dans le registre qui est le nôtre habituellement, celui d’une sociologie appliquée à l’action publique, nous pourrions présenter le contenu de ce numéro en expliquant que nous souhaitions, à travers l’exploration des jardins et parcs parisiens, interroger la place qu’occupent
ces lieux dans la vie urbaine, dans la sociabilité, dans la construction d’un vivre-ensemble à Paris, et par extension dans l’espace urbain des villes contemporaines. Nous pourrions indiquer que ce choix éditorial s’inscrit dans une volonté de comprendre comment l’espace public, notamment les jardins et parcs, constitue un enjeu social, politique, mais aussi symbolique. Nous pourrions ajouter combien ces lieux sont porteurs d’enjeux d’inclusion, de convivialité, mais aussi de différenciation sociale tout en indiquant combien leur conception, leur aménagement, leur gestion, reflètent souvent les priorités et les tensions qui traversent notre société. En ce sens, nous aurions pu, en extrapolant, indiquer comment ces jardins et ces parcs constituent des lieux d’observation privilégiés pour saisir comment la ville se construit, se pense et s’habite.
Nous aurions pu…
La légèreté de style et le ton avec lequel Maïté Clavel évoque ces lieux, nous incitent toutefois à beaucoup plus de retenue dans l’exposé de leur signification. Ces textes procèdent bien pourtant d’une approche sociologique dont on retrouve des échos dans la « Poétique de la ville » de Pierre Sansot ou dans certains écrits de Georges Perec. Et c’est d’ailleurs, en cela qu’ils nous intéressent. En effet, dans maintes études urbaines, pour lesquelles, en tant que sociologues, nous avons dû arpenter les espaces publics et observer les usages et les pratiques qui s’y déploient ; nous avons été confrontés à la difficulté de l’exercice consistant à rendre compte de ce qui s’y passait, de la manière dont l’architecture des lieux dialoguait avec les usages qui en étaient faits : à rendre compte, en définitive, de la manière dont s’exprimait et fonctionnait l’urbanité de ces lieux. C’est à ce problème que Maïté Clavel apporte, à sa façon, des réponses, en proposant une approche sensible tout autant que savante de l’urbanité des parcs et jardins parisiens.
Pour se convaincre de la richesse évocatrice de ces courts textes consacrés, chacun à un parc ou un jardin parisien, nous invitons le lecteur à prendre connaissance de l’article que nous avons placé à la fin de ce numéro. C’est aussi un texte de Maïté Clavel, qui a été, lui, publié un première fois dans une revue académique, Ethnologie française à l’occasion d’un numéro consacré au thème des « Natures urbanisées ». Ce texte, en empruntant une voie correspondant aux canons de l’article scientifique pour décrire et analyser le parc des Buttes Chaumont, nous offre par différence avec le textes publiés dans Libretto d’Arte, un éclairage tout à fait saisissant sur ce que l’analyse sociologique peut produire selon que l’on le prisme que l’on emploie.
Pour pousser encore plus loin l’exercice de mise en perspective des outils de la sociologie pour aborder et analyser les espaces et leurs utilisateurs, nous nous sommes pliés à un exercice consistant à photographier les même parcs et jardins qu’avaient décrits Maïté Clavel en donnant à voir quelques-uns de ces axes d’analyses, qu’ils soient dans un registre sensible ou plus directement analytiques.
Ainsi, chacun de ses textes est suivi d’un ensemble de photographies réalisées par les chargés d’études de FORS afin d’illustrer l’idée d’« un ailleurs au sein de la ville ». Les consignes données pour cette réalisation, consistait à utiliser la photographie pour révéler les caractéristiques propres de chaque parc ou jardin, tout en proposant une lecture sensible et sociologique de l’urbanité des lieux, avec :
- Des vues larges permettant de situer le lieu dans son contexte urbain afin d’en apprécier la taille et la position.
- Des vues d’ « ambiance » qui permettent de saisir l’atmosphère ou d’exprimer les sentiments que le lieu provoque.
- Des vues montrant comment différents groupes (sociaux ou d’âge) s’approprient et se partagent l’espace.
- Des images générales ou de détail mettant en évidence les éléments architecturaux, les mobiliers ou aménagements qui participent à l’identité du lieu ainsi que la manière dont les espaces verts sont cultivés et organisés.
Gageons que cette triple expérience d’observation et d’analyse d’un objet urbain, aura su convaincre de la richesse que recèle la combinaison entre les différentes approches sociologiques et qu’elle pourra inspirer et enrichir l’étude d’autres espaces urbanisés.
Didier Vanoni
Directeur de FORS-Recherche sociale
